En équipe animer une UP
Exposé de Michel Bacq (30/08/2025)
Christiane et Xavier sont des amis de longue date. J’ai eu la joie de présider la célébration de leur mariage. J’ai aussi eu la grâce de présider la célébration de « l’enciellement » d’Aurélie, leur première fille.
Christiane et Xavier ont été appelés par les instances ecclésiales à devenir avec vous co-responsables de l’Unité Pastorale du Grain de Sénevé. Et, comme vous, ils ont dit « OK ». Ils se sont tournés vers moi pour réfléchir à la question : « Comment devient-on co-responsables d’une UP ? » En effet, depuis plus de 25 ans je fais partie d’une équipe nommée Esdac (cf. esdac.net) qui aide des collectivités et communautés chrétiennes à préparer et prendre ensemble des décisions qui soient cohérentes avec le message de l’Évangile et adaptées au vécu quotidien.
Voici ma conviction profonde confirmée par mon expérience : « Il existe une énergie divine d’amour présente en chaque être humain. Cette énergie divine d’amour est l’Esprit Saint qui unit le Père au Fils et qui nous unit les uns aux autres ainsi qu’à l’Univers entier. »
Il s’ensuit que toute personne, aussi insignifiante puisse-t-elle paraître, est sacrée, car l’Esprit Saint peut parler à travers elle. Tel est le fondement de la « démarche synodale », qui consiste à « cheminer ensemble ».
En tant qu’équipe responsable d’une UP, vous êtes parmi les tout premiers pionniers d’une nouvelle manière d’exercer le pouvoir dans l’Église : en cheminant ensemble.
Dès qu’il a commencé son ministère Jésus a voulu agir en équipe : il a institué 12 apôtres. Et dès qu’existe une équipe se pose inévitablement la question : « Parmi nous, qui est le plus grand ? » (Mc 9, 34).
Lorsqu’il commence son ministère, Jésus vient d’être baptisé par Jean-Baptiste. Il lui a été donné alors de faire une expérience décisive : l’Esprit Saint est descendu sur lui et il a entendu une voix céleste : « Tu es mon Fils, le bien aimé » (Mc 1, 11). Le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont là, ensemble. Permettez-moi de traduire cela ainsi : « Jésus est membre d’une équipe divine » il lui est donc connaturel d’agir en équipe. Il ne peut faire autrement.
Oserions-nous poser la question : « Dans cette équipe divine, qui est le plus grand ? » Serait-ce le Père ? Notre signe de croix pourrait le laisser supposer puisque le Père et nommé en premier. Et normalement un père est antérieur à un fils (c’est le problème de l’œuf et de la poule J). Mais dans l’éternité, il n’y a pas d’antériorité de l’un par rapport à l’autre. Et le credo, comme l’icône de Roublev, laisse entendre que les trois Personnes sont égales puisque chacune est divine. Comment y voir clair ?
Comme compagnon de Jésus (c’est-à-dire jésuite) j’ai appris en faisant les Exercices de Saint Ignace comment comprendre l’incarnation – le fait que le Fils de Dieu ait pris chair humaine. Voici. Dans leur éternité, les trois Personnes divines voient la souffrance des humains englués dans cette terrible question : « Qui parmi nous est le plus grand ? » Les Personnes divines voient les conflits, les guerres, les cruautés engendrés par les réponses tragiques données à ce questionnement. Pleines de compassion envers l’Humanité, Elles délibèrent ensemble – c’est là le fondement ultime de la synodalité. Et elles décident d’un commun accord que le Fils deviendrait un être humain pour que, tel le levain dans la pâte, Il fasse divinement lever l’Humanité. Tous les humains pourront ainsi parvenir à s’aimer les uns les autres comme s’aiment le Père et le Fils, c’est-à-dire divinement, sans que l’un s’estime supérieur à l’autre ou se croie inférieur à l’autre.
C’est ce que mon frère Philippe, jésuite aussi, et théologien, m’a fait découvrir dans son commentaire de l’Évangile de Saint Marc écrit avec Sœur Odile Ribadeau Dumas : Un goût d’Évangile. Marc, un récit en pastorale. Les auteurs y montrent que Jésus, tout Fils de Dieu qu’il soit, a choisi de vivre comme le dernier de tous et s’est employé à former des disciples à trouver leur grandeur en se mettant humblement à la dernière place, au service les uns des autres.
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Dès lors, il me semble que les responsables d’un groupe chrétien, et donc d’une UP, ont à cheminer ensemble en veillant à ce que, dans leurs délibérations, leurs décisions, leurs actions, aucun d’entre eux ne s’estime supérieur ou ne se croie inférieur aux autres.
Cela ne va pas de soi. Certains par exemple pourraient estimer qu’un homme est supérieur à une femme, qu’un ministre du culte ordonné est supérieur à un laïc, qu’un baptisé est supérieur à un non-baptisé ou qu’un adulte est supérieur à un enfant (Cf. Mc 9, 36-37). Il y a donc une grâce à demander dans l’assurance que « Le Père du ciel donnera l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (Lc 11,13).
Alors peut se réaliser l’ardent désir de Jésus : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21).
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Vous disposez maintenant d’un temps personnel de silence pour la réflexion et la prière. Comment procéder ? Vous pouvez trouver un endroit calme, demander les lumières de l’Esprit saint, relire posément ce texte, souligner ou surligner par exemple ce avec quoi vous résonnez, vous demander : qu’est-ce qui me touche le plus dans ce texte et quelles en sont les conséquences incontournables pour notre UP ?