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Sautron - Nantes

Quand l’Église ouvre sa porte à l’inattendu

Une paroisse pilotée par des laïcs avec un prêtre modérateur

Dans le diocèse de Nantes, en France, de 2009 à 2021, avant de fusionner avec la paroisse voisine, la paroisse de Sautron a été dirigée par une équipe d’animation pastorale (EAP) composée de laïcs et accompagnée d’un « prêtre modérateur ». Cette possibilité est officialisée par le canon 517-2 du Code de droit canonique. Un bilan[1] de cette expérience a été réalisé par une équipe multidisciplinaire (sociologue, théologiens, psychologue, animateurs pastoraux). En voici un bref résumé.

Le flou, l’absence de cadre initial a été ressenti positivement comme une preuve de confiance et d’autonomie, un appel à l’audace et à la créativité.

Unanimité des témoignages pour signaler l’enthousiasme de la nouvelle EAP, l’engagement intense de ses membres et de son coordinateur laïc, la qualité du partenariat laïc coordinateur / prêtre modérateur, et une forte redynamisation de la communauté paroissiale.

Les laïcs disent qu’ils ont beaucoup appris, qu’ils ont été changés. Le premier prêtre modérateur dit qu’il a évolué et qu’il a acquis un peu de souplesse.

Plusieurs témoignages mentionnent un rebond de la pratique dominicale, qui a été confirmé par des données diocésaines.

L’étude relève et analyse certaines difficultés : l’absence d’évaluations périodiques par la hiérarchie diocésaine du travail pastoral, les besoins de formation des membres de l’EAP, le mode de recrutement des membres de l’EAP, le risque de concentration de la gouvernance dans les mains du coordinateur laïc, la méfiance des prêtres diocésains vis-àvis de ce mode de gouvernance, la difficile acceptation par la communauté paroissiale de la fin de l’expérience.

La première crise se déroula pendant la sixième année (2014-15). « Le dévouement, loué par tous, du premier coordinateur, l’avait progressivement amené, par quelque souci d’efficacité, dans des situations urgentes, à prendre les décisions pastorales avec le prêtre modérateur et son réseau propre, sans attendre que l’EAP débatte des sujets. »

En 2016 fut nommé un nouveau binôme coordinateur/modérateur qui fonctionna à merveille. Mais un malaise apparut dans le chef de ce deuxième prêtre modérateur. « L’isolement me pesait » confia-t-il.

Les auteurs du bilan de l’expérience faite à Sautron écrivent : « Il est infiniment regrettable que la communauté paroissiale n’ait pas su offrir au prêtre qui la servait l’accompagnement amical dont tout être humain a besoin […]. Cela s’explique peut-être par l’image que véhicule la culture catholique, d’un prêtre considéré comme personne sacrée, au-dessus des humains, et a contrario de laïcs considérés comme « troupeau docile ».

Ce deuxième prêtre modérateur chercha à partir. Il proposa la fusion de la paroisse avec la paroisse voisine, ce que les Sautronnais refusèrent. Pour finir l’expérience fut stoppée par les instances ecclésiales en 2021.      

« Le canon 517-2 pose une question qui devient de plus en plus un nœud difficile dans l’Église et qui est : quel est le statut du prêtre ? Il s’agit là d’un débat que le pape François a abordé dans l’encyclique post synodale Querida Amazonia, quand il signale que "ce qui est spécifique au prêtre, ce qui ne peut pas être délégué", c’est "présider l’eucharistie", ce n’est pas "d’être l’autorité suprême de la communauté" » (QA 87).

 

[1] Quand l’Église ouvre sa porte à l’inattandu… Document de 123 pages A4 en caractères serrés. Il peut être commandé à Joël Couffin joel.couffignal@gmail.com +33 6 77 55 07 71.