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OSBD, la clé de la CNV

Plan de l'exposé

A. Je traduis mes jugements accusateurs en mes besoins non satisfaits

B. Je traduis tes jugements accusaterus en tes besoins non satisfaits

C. Liste des besoins humains fondamentaux

A. JE TRADUIS MES JUGEMENTS ACCUSATEURS EN MES BESOINS INSATISFAITS

Marshall Rosenberg rencontre en prison un détenu se plaignant de son directeur.

  • Le détenu : Cela fait trois semaines que j'ai écrit au directeur pour lui demander de suivre une formation, et il ne m'a toujours pas répondu. Ces directeurs sont des bureaucrates froids et anonymes qui se fichent de tout le monde et ne pensent qu'à eux !
  • M. Rosenberg : Quel est votre besoin, votre désir, votre aspiration ?
  • Mais je vous l'ai dit : j'ai besoin d'une réponse. Et j'ai besoin qu'on me traite avec respect.
  • Très bien, vous avez besoin que le directeur vous respecte. Cela relève du directeur. Mais il y a un besoin plus profond sur lequel vous avez prise. Vous me l'avez exprimé. Quel est ce besoin ?

    Après un temps de silence le détenu répond : 

  • J'ai besoin de formation. Si je n'en reçois pas, quelques jours après avoir quitté la prison je serai à nouveau coffré car je n'aurai rien appris pour m'insérer dans le monde du travail.
  • Nous y voilà. Réfléchissez, vous avez deux possibilités. Soit vous allez trouver le directeur et vous lui dites : "C'est scandaleux, cela fait trois semaines que je vous ai écrit et vous n'avez toujours pas répondu. Vous, les directeurs, vous êtes des bureaucrates froids et anonumes. Vous vous fichez de tout le monde et ne pensez qu'à vous." Ou bien vous dites : "Monsieur le directeur, j'ai esoin de formation. Si je n'en reçois pas, quelques jours après avoir quitté la prison je serai à nouveau coffré." Comment croyez-vous que vous avez plus de chances d'obtenir ce que vous souhaitez ?

Le détenu ne répond pas. En silence il quitte la pièce. Quelques heures plus tard, Marshall le rencontre dans un couloir de la prison et lui demande :

  • Eh bien, que s'est-il passé ?
  • Marshall, si vous m'aviez appris cela plus tôt, je n''aurais pas tué mon meilleur ami.

La CNV a quatre entrées : « OSBD ».

Je suppose que ce soit moi le détenu :

  • (O) OBSERVATION des faits, objectivement, sans interprétation et sans accusation du directeur : « Après 3 semaines le directeur n’a pas répondu à ma demande de formation. » Je chasse de mon esprit toute accusation du directeur. L'accuser couperait la relation entre nous et me ferait perdre toute chance d'obtenir ce que je souhaite : une formation.
  • (S) SENTIMENT : « Je me sens en colère. » Mes sentiments me révèlent mes besoins comme un voyant sur un tableau de bord indique qu'une voiture a besoin de carburant. Ici ma colère me révèle mon besoin insatisfait : mon besoin de formation.
  • (B) BESOIN : « J’ai besoin de formation. » Tout besoin profondément humain est universel : le besoin de se former est universel. Ce besoin est donc connu du directeur qui l'a ressenti un jour ou l'autre. Le directeur et moi partageons ce besoin. Il nous est commun. Parler en termes de besoins (plutôt que d'accusation) nous relie l'un à l'autre et augmente mes chances d'obtenir ce que je souhaite.  
  • (D) DEMANDE : « Monsieur le directeur, seriez-vous d’accord de m’inscrire à cette formation d'avril-mai en informatique afin que je puisse me réinsérer dans le monde du travail ? » Alors qu'un besoin est universel, la demande est singulière. Un besoin de formation peut être satisfait par plusieurs stratégies : un cours en présentiel, un cours sur internet, la lectrure en groupe d'un livre, un cours à une autre date, en un autre lieu, avec un autre enseignant... La demande formule une action concrète à entreprendre.

Commentaire

  1. Cet exemple illustre l'efficacité de traduire les jugements accusateurs en besoins insatisfaits.
  2. En CNV, le mot « sentiment » englobe « ressenti, émotion et sensation corporelle». 
  3. En CNV, le mot « besoin » englobe : « aspiration, désir, souhait, soif, valeur, ce qui est important... ».
  4. En CNV, le mot « demande » englobe : « action concrète à entreprendre par autrui ou/et moi, stratégie ou moyen à mettre en oeuvre ». La demande peut être faite à autrui ou à moi-même.
  5. Lorsque le détenu porte un jugement accusateur sur le directeur, il considère que le comportement du directeur est la cause de sa colère. Or autrui n’est jamais la cause de nos sentiments. Il en est tout au plus le facteur déclenchant. Ce sont nos propres besoins qui sont la cause de nos sentiments.
  6. Si le déténu dit ou pense : « j'ai besoin de respect » il met implicitement en cause l'attitude du directeur qu'il estime lui manquer de respect. Tandis que si le détenu dit : « J'ai besoin de formation », il parle de ce qui le concerne lui : il se responsabilise. Il réalise que défendre le bien-fondé de son besoin relève de lui-même. Il ne se laisse pas voler par autrui le pouvoir qu'il a sur sa propre vie. Il abandonne la croyance selon laquelle une autorité hiérarchique (le directeur) est nécessairement dominante et qu'un sobordonné (le détenu) est nécessairement en situation de soumission servile.
  7. Le besoin de formation du détenu rejoint un besoin du directeur de la prison et de la société en général : contribuer à augmenter l'autonomie de chaque être humain, ce qui aura pour effet de diminuer le nombre de détenus et de prisons. Nous accorder sur nos besoins respectifs de formation et d'autonomie nous rend tous deux gagnants.
  8. Chacun peut alors éprouver la joie qu'il y a à contribuer au bien-être de l'autre, à satisfaire nos besoins respectifs, ce qui est probablement la motivation la plus puissante de toute acton humaine.
  9. Si quelqu'un se met immédiatement en colère à la moindre contrariété, il a besoin d'apprendre à se contenir, (à se maîtriser, à se dominer, à se contrôler, à être son propre chef, à exercer le pouvoir qu'il a sur lui-même). Si le détenu avait appris à se contenir, il n'aurait pas tué son meilleur ami. Cet apprentissage peut se faire à tout moment, même et surtout lorsque ma colère n'est pas déclenchée au sein d'une relation interpersonnelle mais dans mes rapports avec le monde matériel, par exemple, lorsque mon smartphone tombe en panne. Je puis aussi apprendre à me contenir dans ma relation à moi-même, par exemple lorsque j'ai oublié d'enregistrer le travail que j'ai fait sur ordinateur.
  10. Si le directeur accorde la formation demandée, la CNV recommande au détenu de de formuler son merci en précisant quel besoin est satisfait. Le détenu dira : « Merci monsieur le directeur parce que vous avez entendu et satisfait mon besoin de formation » et non pas : « Merci monsieur le directeur, d'être si gentil envers moi. »
  11. Porter sur mon interlocuteur un jugement accusateur, penser ou lui dire que ce qu'il fait est mal c’est utiliser un vocabulaire qui va nous déconnecter l'un de l'autre, qui va provoquer chez lui un réflexe de défense, de contre-attaque ou de fuite. Reproches, insultes, critiques, ont le même effet que les jugements accusateurs. De même la pensée : « J'ai raison, tu as tort. » Également les diagnostics comme : « C'est un malade mental ». les comparaisons du genre : « Léa agit mieux que toi" ; et tous les « Il faut, tu devais, tu aurais dû… » Et surtout les étiquettes comme : « C'est un terroriste, c'est un ennemi ». Je remplace ces étiquettes par : « C'est un être humain, avec lequel je suis actuellement en conflit ». Comme moi et comme tout être humain, il a des sentiments, des besoins.

B. JE TRADUIS TES JUGEMENTS ACCUSATEURS EN TES BESOINS INSATISFAITS

Dans l'exemple précédent nous avons vu comment traduire mes jugements envers toi en «mes besoins». Nous allons mainteant voir comment je puis t'aider à traduire tes jugements envers moi en « tes besoins ».

En faisant la vaisselle avec Gaspard je laisse tomber un verre qui se casse. Gaspard me lance à la figure : « Tu es nul. » Comment vais-je réagir ?

Je cherche à deviner le besoin de Gaspard. Je lui demande par exemple : "Tu crains (sentiment) qu'on se blesse en marchant sur les morceaux de verre (besoin de sécurité) ?" 

Commentaire

  1. Lorsque Gaspard me dit : « Tu es nul », il ne me parle pas de moi, mais de lui. Il exprime très maladroitement son insatisfaction, comme si j’en étais la cause. Or je ne suis jamais la cause des sentiments et des besoins d’autrui, j’en suis seulement le facteur déclenchant. Dans une situation semblable André m’aurait dit :  « Ce n’est pas grave, ne t’en fais pas.»  Et il aurait ramassé les débris de verre. Ceci montre bien que la cause de l’insatisfaction de Gaspard n’est pas en moi mais en Gaspard. Lorsque quelqu'un me fait des reproches, je traduis immédiatement ainsi : "Cette personne souffre." Et elle me le fait savoir bien maladroitement. 
  2. Mes oreilles ont acquis le pouvoir d'interpréter une insulte en une mélodieuse hymne à la vie : "Gaspard est bien vivant : il a des sentiments, et il a des besoins".
  3. En cherchant à traduire le jugement de Gaspsard en besoin insatisfait, je ne laisse pas ses paroles me voler mon estime de moi, et j'aide Gaspard à conserver son estime de soi. 
  4. La manière "non accusatrice" dont j'ai formulé ma question montre à Gaspard que la maladresse de ses propos n'a pas coupé la connexion entre nous. Je me suis fait proche de lui, proche de ce qu'il y a de meilleur en lui. Nos maladresses respectives finissent par tourner à notre avantage à tous deux. Nous sommes tous les deux gagnants.
  5.  Ma maladresse a peut-être réveillé chez Gaspard le souvenir d’une ou plusieurs expériences douloureuses dans sa vie, même  sans qu’il en ait conscience. Je ne vais pas analyser le passé de Gaspard. J'essaye de deviner quel est son sentiment et son besoin ici et maintenant. 
  6.  Peut-être ai-je mal deviné le besoin de Gaspard. Ce n'est pas grave. Gaspard sera sensible au fait que je cherche sincèrement à m'intéresser à lui. Il me dira peut-être : « Je n'ai pas peur qu'on se blesse. Ce soir je suis vidé, j'ai besoin de repos, et cet incident allonge le temps de la vaisselle. » Je pourrai alors rebondir sur ses propos et lui demander par exemple : « Ton travail professionnel est exténuant ?» Il répondra peut-être : « Je suis surtout préoccupé (sentiment) par la santé de mon chef direct. » Je pourrai demander à Gaspard : « Crains-tu (sentiment) qu'il doive s'absenter longtemps et qu'une partie de son travail retombe sur tes épaules ? As-tu besoin d'être rassuré ? » M. Rosenberg appelle cela : «surfer sur les besoins ». Mes questions aident Gaspard à rentrer en lui et à détecter lui-même, un à un, quels sont ses besoins, pour aboutir à découvrir le besoin qui le préoccupe le plus ici et maintenant : le besoin d'un rythme de vie ajusté à ses capacités actuelles. 
  7. En procédant ainsi, je manifeste à Gaspard de l'empathie. L'empathie est une qualité de présence à autrui attentive à ses besoins et à ses sentiments, en particulier à sa souffrance.
  8. Un besoin a plus besoin d'être entendu que satisfait. Je n'ai aucun pouvoir sur l'emploi du temps professionnel de Gaspard. Pourtant je ne suis pas impuissant. Manifester de l'empathie envers Gaspard, l'écouter, c'est lui offrir un cadeau précieux : ne pas rester seul, être connecté à un autre être humain, être écouté, être compris. C'est peut-être ce dont Gaspard a le plus besoin et ce dont il me sera le plus reconnaissant.
  9.  Le piége à éviter lorsque Gaspard m'insulte c'est de prendre pour moi ce qu'il dit car alors
  • soit je me fâche et lance à Gaspard : "C'est toi qui est nul". Je le juge, et, ainsi, je me coupe de lui... et de ce qu'il y a de meilleur en moi.
  • soit je suis vexé. Je baisse la tête et je me dis : "Il a raison, je suis nul". Je me juge et me coupe de tout ce qu'il y a de beau en moi.

Exercice

Je me remémore une situation où quelqu'un m'a fait des reproches. Je m'interroge

(O) OBSERVATION : Quand je vois / entends...

(S) TES SENTIMENTS : tu te sens... ?

(B) TES BESOINS :  parce que tu as besoin de...?

(D) TA DEMANDE : Souhaites-tu que... ?

C. NOS BESOINS HUMAINS SONT RECIPROQUES

En CNV le mot « besoin » désigne aussi : aspiration, désir, souhait, soif, élan, valeur, ce qui est important...

Un besoin est une énergie qui me pousse à l'action, c'est une soif qui cherche à être désaltérée. Un besoin me mobilise, me met en mouvement. Toute action est motivée par un besoin. Un besoin n'est pas un manque.

Etant donné la nature relationnelle des êtres humains, nos besoins sont réciproques. Les êtres humains ont soif de donner et de recevoir les uns des autres librement. 

Nous avons soif de :

  • don : offrir de bon coeur et recevoir avec gratitude ; nous donner généreusement aux autres et être accueuillis respectueusement par eux ; exprimer sincèrement ce que nous avons dans le coeur, et écouter avec attention ce que les autres nous dévoilent d'eux en toute vulnérabilité ; comprendre et être compris ; faire confiance à autrui et recevoir sa confiance ; aimer et être aimé ; être connectés les uns aux autres ; donner vie aux autres et recevoir d'eux la vie ; contribuer à leur bien-être et accueillir leur contribution à notre bien-être ;  offrir aux autres de collaborer, de participer à notre action en faveur de la vitalité humaine, et dire oui à cette offre
  • plénitude, transcendance : recevoir la force de l'Énergie Divine d'Amour et lui exprimer notre gratitude pour son action en moi et dans les autres ; prendre conscience des synchronicités (coïncidences bénéfiques)
  • liberté : rendre libre et être rendu libre ; ne pas être contraint et ne pas contraindre ; ni dominer autrui, ni être dominé par lui ; ne pas faire peser notre pouvoir sur autrui et ne pas nous soumettre servilement à son pouvoir sur nous ; apprendre à nous contenir, à maîtriser notre impulsivité
  • justice : être juste envers autrui et bénéficier de sa justice envers nous
  • réparation, réconciliation, guérison : réconcilier et être réconcilié ; guérir et être guéri
  • empathie, compassion, bonté, bienveillance : les donner à autrui et à soi-même ; en recevoir d'autrui et de soi-même
  • considération, respect, dignité : favoriser l'estime de soi chez autrui, et la recevoir d'autrui
  • reconnaissance, célébration : célébrer autrui, lui dire merci, et être célébré
  • formation, transmission, éducation : former et être formé, apprendre et enseigner/transmettre/éduquer
  • assurance, sécurité : rassurer et être rassuré ; mettre en sécurité et être mis en sécurité
  • partage : donner et recevoir les ressources naturelles : notre temps, l'espace (le territoire), la nourriture, l'eau, un air de qualité, l'habitat, les ressources énergétiques...